Tous les créateurs d'entreprise bénéficient d'une protection sociale, mais celle-ci varie fortement selon deux paramètres : le statut juridique de l'entreprise et le rôle exercé par le dirigeant (associé, gérant, président, pourcentage de détention du capital).
Ce choix, qui n'est d'ailleurs pas toujours libre, détermine à la fois le montant des cotisations sociales et l'étendue de la couverture — maladie, retraite, prévoyance. Depuis la suppression du RSI et plusieurs réformes entrées en vigueur en 2026, le paysage a nettement évolué : voici comment s'y retrouver.
En France, deux grands statuts sociaux coexistent pour les dirigeants d'entreprise : le travailleur non salarié (TNS) et l'assimilé salarié. Ni l'un ni l'autre ne se choisit librement : le statut découle directement de la forme juridique retenue et, dans certains cas, du pourcentage de parts détenues par le dirigeant.
Le statut TNS (travailleur non salarié)
Relèvent du régime TNS : l'entrepreneur individuel (EI, y compris micro-entrepreneur), le gérant associé unique d'EURL, le gérant majoritaire de SARL, ainsi que les associés de SNC. Le TNS cotise auprès de la Sécurité sociale des indépendants (SSI), intégrée au régime général depuis le 1er janvier 2020, comme l'explique la fiche officielle sur le fonctionnement de la sécurité sociale des indépendants sur economie.gouv.fr. Sa rémunération n'est jamais un salaire au sens juridique, puisqu'il n'existe aucun lien de subordination.
Le statut assimilé salarié
Relèvent du statut assimilé salarié : le président et le directeur général de SASU ou SAS, le gérant non associé d'EURL, ainsi que le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL. Ce statut donne accès au régime général de la Sécurité sociale, à l'identique des salariés classiques, à l'exception notable de l'assurance chômage, à laquelle le dirigeant n'a pas droit.
| Forme juridique |
Dirigeant concerné |
Statut social |
| Entreprise individuelle / micro-entreprise |
Entrepreneur individuel |
TNS |
| EURL |
Gérant associé unique |
TNS |
| EURL |
Gérant non associé |
Assimilé salarié |
| SARL |
Gérant majoritaire |
TNS |
| SARL |
Gérant minoritaire ou égalitaire |
Assimilé salarié |
| SASU / SAS |
Président, directeur général |
Assimilé salarié |
| SNC |
Associé gérant |
TNS |
Combien coûte chaque régime ? Comparatif chiffré 2026
Cotisations TNS : un taux global proche de 45 % du revenu net
Depuis la réforme de l'assiette sociale entrée en application en 2026, les cotisations des TNS ne sont plus calculées sur le revenu brut mais sur une assiette réduite d'un abattement forfaitaire de 26 %, qui remplace l'ancienne déduction de CSG. Le taux global de cotisation reste proche de 45 % de la rémunération nette une fois cette réforme appliquée, comme le détaille la page dédiée à la réforme des cotisations des indépendants sur urssaf.fr. Ce taux couvre la maladie-maternité, les indemnités journalières, la retraite de base et la retraite complémentaire.
Cotisations assimilé salarié : environ 80 % du net en charges
Le président de SASU assimilé salarié est soumis à un total de charges sociales avoisinant 80 % de sa rémunération nette (environ 54 % de charges patronales et 28 % de charges salariales), le détail étant précisé dans notre article sur les charges sociales d'une SASU. En contrepartie, la couverture est alignée sur celle des salariés du privé — meilleure prise en charge des arrêts maladie et meilleurs droits à la retraite.
| Pour une rémunération nette visée de 30 000 €/an |
TNS (gérant majoritaire) |
Assimilé salarié (SASU) |
| Taux de cotisation global |
~45 % du net |
~80 % du net |
| Cotisations sociales dues |
~13 500 € |
~24 600 € |
| Coût total pour le dirigeant/la société |
~43 500 € |
~54 600 € |
| Couverture arrêt maladie |
Alignée sur le régime général depuis la suppression du RSI, délais parfois plus longs |
Identique aux salariés du privé |
| Assurance chômage |
Aucune |
Aucune (sauf cumul mandat / contrat de travail distinct) |
Bon à savoir : la réforme de l'assiette sociale des TNS s'applique concrètement depuis la régularisation des cotisations 2025, intervenue en avril 2026. Si votre expert-comptable n'a pas encore ajusté vos acomptes provisionnels sur cette nouvelle base, une régularisation est à prévoir en fin d'exercice.
Quelle protection sociale au quotidien ? Maladie, retraite, prévoyance
Indemnités journalières et arrêt maladie
En cas d'arrêt de travail, le délai de carence est généralement plus long pour un TNS que pour un assimilé salarié, et le montant des indemnités journalières dépend directement du revenu déclaré les années précédentes — un revenu faible ou irrégulier réduit d'autant la couverture. L'assimilé salarié, lui, bénéficie des mêmes règles que n'importe quel salarié du régime général, ce qui explique en partie l'écart de cotisations entre les deux statuts.
Retraite de base et complémentaire
Sur la retraite, l'écart est également significatif : les pensions des indépendants restent en moyenne inférieures à celles des assimilés salariés, à niveau de revenu comparable, notamment parce que la retraite complémentaire des TNS reste moins généreuse que celle du régime général (Agirc-Arrco). Pour compenser cet écart, de nombreux dirigeants TNS souscrivent des contrats de prévoyance complémentaire de type Madelin ou un plan d'épargne retraite (PER), qui permettent de déduire les cotisations versées du revenu imposable.
À retenir : plus le revenu du dirigeant est élevé, plus l'écart de coût entre TNS et assimilé salarié se creuse en valeur absolue — mais l'écart de couverture sociale, lui, reste constant en proportion.
Ce qui change en 2026 pour les indépendants (TNS)
Deux réformes entrées en vigueur au 1er juillet 2026 modifient concrètement la situation des créateurs d'entreprise relevant du statut TNS.
L'ACRE, l'aide à la création ou la reprise d'entreprise, voit son taux d'exonération de cotisations sociales passer de 50 % à 25 % pour toute micro-entreprise immatriculée à compter de cette date, comme le précise l'actualité officielle de l'Urssaf sur les nouvelles règles de l'ACRE. Les entreprises immatriculées avant le 1er juillet conservent le taux de 50 % pour la durée restante de leur exonération.
Bonne nouvelle : depuis le 1er juillet 2026, chaque parent travailleur indépendant peut bénéficier d'un nouveau congé supplémentaire de naissance, jusqu'ici réservé aux salariés. Affilié depuis au moins 6 mois, le TNS perçoit 70 % de ses indemnités journalières le premier mois et 60 % le second, dans la limite de 2 mois au total — une première historique pour ce statut.
Le choix du régime social n'est pas toujours entièrement libre : il est impossible d'opter pour le statut TNS dans une entreprise individuelle en EIRL ou dans une société par actions. En revanche, entre EURL et SARL, ou entre statut de gérant minoritaire et majoritaire, une marge de manœuvre existe et mérite d'être étudiée avant l'immatriculation.
- Anticipez le montant de rémunération nette que vous visez à moyen terme, pas seulement la première année.
- Évaluez votre besoin de couverture en cas d'arrêt maladie ou d'invalidité, en particulier si vous avez des enfants à charge.
- Vérifiez si votre situation matrimoniale ou patrimoniale influe sur l'intérêt du régime général versus la Sécurité sociale des indépendants.
- Simulez le coût réel de chaque régime avec votre expert-comptable, en intégrant la réforme de l'assiette sociale 2026.
- Ne négligez pas la retraite complémentaire : un écart de quelques points de cotisation aujourd'hui peut représenter plusieurs centaines d'euros de pension par mois.
Les erreurs à éviter en matière de protection sociale
Pièges fréquents :
- Confondre régime social et régime fiscal : ce sont deux choix distincts, qui ne se recoupent pas systématiquement.
- Croire qu'une absence de rémunération en SASU dispense de toute démarche : aucune cotisation n'est due, mais aucune couverture maladie ou retraite n'est acquise non plus sur cette période.
- Sous-estimer le délai de carence du régime TNS en cas d'arrêt de travail imprévu, faute d'avoir souscrit une prévoyance complémentaire.
- Penser que le statut social est figé : un changement de forme juridique, ou de répartition du capital, peut faire basculer le dirigeant d'un régime à l'autre.
Rédigé par notre expert Céline
le 16 mai 2019