Damien Pi (Bob) : tensions et renaissance

Dans cet épisode de Visions, Angeline reçoit Damien Pi, cofondateur de Bob le lave-vaisselle. Il retrace l’histoire de son produit, la séparation entre associés, la tension entre ambition commerciale et “Made in France”, les risques de la notoriété médiatique, et les nouveaux projets industriels qu’il déploie aujourd’hui à l’international, de l’Inde à l’Asie.
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Fabriquer en France : plus qu’un slogan, la preuve par l’objet

Bob n’est pas seulement un “lave-vaisselle compact” destiné aux petites cuisines urbaines. Pour Damien, le projet sert une démonstration : il est possible de concevoir et produire en France un produit grand public à un prix compétitif.

Au moment où il quitte l’entreprise, la structure compte près de cinquante collaborateurs et affiche une activité soutenue. La production est relocalisée sur le territoire et la marque devient un cas emblématique du “Made in France” appliqué au hardware grand public.

Quitter ce qu’on a construit : une rupture stratégique, plus qu’un désaccord personnel

La raison de son départ ne relève ni du désintérêt ni de l’épuisement. Elle tient à un désalignement stratégique profond. Damien souhaite accélérer : élargir la gamme, lever davantage de capitaux, s’ouvrir à l’international et accepter d’éventuelles concessions sur le “100 % Made in France”. Les associés historiques veulent au contraire préserver l’intégrité du positionnement France-first, limiter l’expansion et conserver le contrôle.

Rester aurait créé une impasse. Damien revend ses parts et repart entreprendre. C’est un divorce entrepreneurial, au sens presque intime.

L’entreprise comme enfant, puis la séparation

Ce moment éclaire un aspect rarement commenté de l’entrepreneuriat : le coût émotionnel. Pendant cinq ans, Bob est son “bébé”. La rupture est d’autant plus forte qu’elle est publique et commentée. Il évoque sans détour le “tir à balles réelles” qui a opposé les différentes parties prenantes, tout en soulignant que le respect personnel a subsisté.

Message sous-jacent : même quand “ça marche”, les conflits de vision peuvent rendre la cohabitation impossible.

 

Études, réseau, influence : ce qu’il referait différemment

Damien porte un regard lucide sur sa trajectoire académique (plusieurs masters). S’il devait recommencer, il garderait une base technique mais investirait davantage dans l’exécution, le terrain et le relationnel. À l’international, estime-t-il, ce sont la confiance et les relations qui pèsent bien plus que les contrats.

Cash, marge et précommandes : une vision de la profitabilité

Son approche financière est marquée par une forme de minimalisme capitalistique : les clients sont le premier financeur d’une entreprise saine. Faute de levées importantes, la marge, le cash et la trésorerie deviennent centraux. Les précommandes servent à financer l’industrialisation : vendre tôt, encaisser, produire rapidement, tenir la promesse.

Notoriété vs business : carburant utile, poison possible

Il pose une distinction nette entre visibilité et solidité économique. La notoriété peut accélérer les ventes, mais elle peut aussi détourner le fondateur de l’exécution opérationnelle. Plusieurs startups connaissent une trajectoire “médiatico-flash” avant de s’écraser faute de profitabilité.

La formule résume bien son propos : “Les likes ne remplacent pas les factures.”

Fake it until you make it : jusqu’où peut-on jouer ?

Il assume une anecdote marquante : pour un tournage, un lave-vaisselle chinois repeint fut présenté comme Bob. Le “bluff” participe de la dynamique startup, mais Damien insiste sur une limite qu’il juge non négociable : ne jamais encaisser sans pouvoir rembourser. Les 1,2 million d’euros de précommandes évoqués ont été sécurisés et provisionnés en cas d’échec industriel.

La 3D entrepreneuriale : dépôt de bilan, divorce, dépression

Damien rappelle le coût sous-estimé de l’entrepreneuriat : pression permanente, sacrifices, impact sur la vie personnelle. Dans certains cas, la trajectoire se termine par ce qu’il appelle la “3D” (dépôt de bilan, divorce, dépression). Avec le temps, une forme de carapace se forme, moins affective et plus stratégique.

Structurer pour mieux créer : l’importance de l’externalisation

Sur l’administratif, le propos est pragmatique : ce n’est pas tant difficile que chronophage et coûteux. Selon lui, un fondateur doit préserver son énergie pour la création de valeur et externaliser le reste : comptabilité, paye, administratif.

Domicilier, c’est d’abord protéger

Il explique que la domiciliation n’est pas seulement un sujet administratif, mais un sujet de sécurité. Les informations du dirigeant étant publiques, les risques d’exposition sont réels. Il domicilie plusieurs sociétés chez SeDomicilier, pour des raisons de confidentialité, de coût et de stabilité.

Après Bob : carbone, climat et Asie

Son départ ouvre un cycle entrepreneurial plus international. Il lance French Carbon Capture, projet de biochar appliqué au stockage long terme du CO₂, avec un déploiement en Inde autour des déchets de coton. Il développe également Atana, un projet orienté “froid & bien-être”, avec un focus sur l’Asie. D’autres entreprises complètent la holding, dont un projet crypto hors de France.

Il se positionne désormais moins comme CEO unique que comme pilote de portefeuille.

La suite ? Une IPO, si possible aux États-Unis

L’un des regrets de Bob fut l’IPO manquée, jugée trop ambitieuse par certains partenaires. Son objectif à long terme est clair : réussir une introduction en bourse, potentiellement sur un marché américain.

Conclusion : l’inconscience utile, mais le calcul toujours

Son message final est simple : il faut une part d’inconscience pour se lancer. Mais chaque pari doit s’accompagner d’une question : quel est le pire scénario et puis-je l’encaisser ?
Si la réponse est oui, il faut y aller.

À propos de Visions (SeDomicilier)

Visions donne la parole à des entrepreneurs sur ce que les formats “success stories” omettent : conflits, cash, compromis, doutes, bluff, arbitrages industriels et coût personnel.

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Rédigé par notre expert La rédaction
le 28 janvier 2026
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