Créer sa micro-entreprise, c'est aussi découvrir un fonctionnement fiscal différent de celui d'un salarié. Pas de prélèvement à la source automatique sur un bulletin de paie, pas de déclaration préremplie par un employeur : la première année, tout repose sur l'auto-entrepreneur lui-même. Voici comment s'y retrouver.
Le régime fiscal par défaut : micro-BIC ou micro-BNC
À la création de la micro-entreprise, le régime fiscal applicable dépend de la nature de l'activité :
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Micro-BIC pour les activités commerciales et artisanales, avec un abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d'affaires pour les prestations de service (71 % pour la vente de marchandises).
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Micro-BNC pour les activités libérales, avec un abattement forfaitaire de 34 %.
Cet abattement est censé couvrir l'ensemble des charges professionnelles (matériel, déplacements, etc.) : il est appliqué automatiquement par l'administration fiscale sur le chiffre d'affaires déclaré, sans qu'il soit nécessaire de justifier de frais réels. Le revenu imposable obtenu après abattement est ensuite intégré au revenu global du foyer fiscal et soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu.
Le versement libératoire : une option à ne pas manquer (ou pas)
À la création, il est possible d'opter pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu. Cette option permet de payer l'impôt en même temps que les cotisations sociales, sous forme d'un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, plutôt que de l'inclure dans la déclaration de revenus classique. En 2026, les taux sont :
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1,7 % du CA pour une prestation de service BIC (soit un total cotisations + impôt d'environ 22,9 %)
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2,2 % du CA pour une activité libérale BNC (soit environ 27,8 % au total)
Cette option n'est intéressante que si le foyer fiscal a un revenu fiscal de référence (RFR) inférieur à un plafond fixé par part fiscale — environ 29 315 € pour une personne seule et 58 630 € pour un couple en 2026. Au-delà, l'option n'est pas accessible. Le choix se fait au moment de la déclaration de début d'activité sur le Guichet unique (INPI), ou plus tard, avant le 30 septembre d'une année pour une application au 1er janvier suivant.
Sans versement libératoire, l'imposition suit le circuit classique : le chiffre d'affaires est reporté chaque année sur la déclaration de revenus (formulaire complémentaire 2042-C-PRO), et l'impôt est calculé selon le barème progressif, avec un système d'acompte contemporain prélevé mensuellement ou trimestriellement par l'administration fiscale (et non par l'URSSAF).
La première déclaration : ce qui change concrètement
Contrairement à une idée reçue, il n'y a pas de "déclaration spéciale" la première année : le chiffre d'affaires de l'année N est déclaré au printemps de l'année N+1, en même temps que la déclaration de revenus habituelle, via le formulaire 2042-C-PRO annexé à la déclaration 2042 classique.
Point de vigilance pour les primo-déclarants : si c'est la première fois qu'un revenu professionnel doit être déclaré (par exemple pour un étudiant ou un salarié qui vient de lancer son activité en complément), il faut bien ajouter la rubrique "revenus non salariés" à sa déclaration en ligne — elle n'apparaît pas automatiquement tant qu'aucune activité n'a été signalée aux impôts.
CFE : une exonération bienvenue la première année
Bonne nouvelle : l'auto-entreprise est totalement exonérée de cotisation foncière des entreprises (CFE) pour son année de création. Si la micro-entreprise a été créée en 2026, aucune CFE ne sera due en 2026, et une réduction de 50 % de la base d'imposition s'applique encore l'année suivante.
Attention toutefois : cette exonération n'est pas automatique. Il est nécessaire de déposer une déclaration initiale de CFE (formulaire 1447-C) avant le 31 décembre de l'année de création, même en l'absence de chiffre d'affaires.
L'ACRE (aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise) permet de bénéficier d'un taux de cotisations sociales réduit la première année d'activité. Mais le dispositif a été révisé en cours d'année 2026 :
- Pour une activité créée avant le 1er juillet 2026 : exonération de 50 % sur les cotisations.
- Pour une activité créée à partir du 1er juillet 2026 : exonération ramenée à 25 %.
Concrètement, pour une prestation de service BIC, le taux réduit passe de 10,6 % à environ 15,9 % selon la date de création. Ce point ne concerne pas directement l'impôt sur le revenu, mais il a un impact direct sur la trésorerie disponible la première année et mérite d'être intégré au prévisionnel financier.
Les erreurs à éviter la première année
- Oublier d'ajouter la rubrique "revenus non salariés" sur sa déclaration de revenus en ligne.
- Confondre le versement libératoire (payé tout au long de l'année à l'URSSAF) avec l'acompte contemporain de l'impôt (prélevé par la DGFiP) : ce sont deux mécanismes distincts et exclusifs l'un de l'autre.
- Ne pas déposer la déclaration initiale de CFE avant le 31 décembre, ce qui peut faire perdre le bénéfice de l'exonération.
- Attendre la fin de l'année pour évaluer si l'option versement libératoire est toujours avantageuse (elle peut être révisée chaque année selon l'évolution du RFR du foyer).
Rédigé par notre expert Céline
le 10 août 2026