Amortissement dérogatoire : comptable et fiscal

Amortissement dérogatoire : définition, écritures comptables et exemple chiffré

Qu'est l'amortissement dérogatoire ? Terme comptable indispensable pour les arbitrages fiscaux, l'amortissement dérogatoire est décrypté pour vous par SeDomicilier.
Fiscalité et imposition
Temps de lecture: 13min
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C'est l'écriture qui déroute le plus les dirigeants lorsqu'ils la découvrent dans leur balance : une dotation en charges exceptionnelles, une provision réglementée au passif, et un compte 145 dont le solde grossit puis fond sans qu'aucune opération réelle ne se soit produite.

L'amortissement dérogatoire ne correspond à aucune dépense, à aucune dette, à aucune perte de valeur. Il ne fait qu'une chose : réconcilier deux logiques qui divergent — celle du Plan comptable général, qui veut refléter la consommation économique d'un bien, et celle du fisc, qui applique ses propres règles de déduction.

Qu'est-ce qu'un amortissement dérogatoire ?

Depuis la réforme comptable de 2005, deux plans d'amortissement cohabitent pour un même bien.

Le plan comptable répartit la valeur du bien sur sa durée réelle d'utilisation dans l'entreprise, selon le rythme auquel elle en consomme les avantages économiques. C'est une logique de fidélité aux comptes.

Le plan fiscal applique les règles du Code général des impôts : durées d'usage admises, coefficients dégressifs, base égale au prix de revient. C'est une logique de calcul de l'impôt.

Quand les deux coïncident, il n'y a rien à faire. Quand ils divergent, l'entreprise ne peut pas déduire fiscalement plus que ce qu'elle a comptabilisé — sauf à enregistrer la différence quelque part. Ce « quelque part », c'est l'amortissement dérogatoire.

Amortissement dérogatoire = amortissement fiscalement déductible − amortissement économique comptabilisé

Il ne s'agit donc pas d'un troisième mode d'amortissement à côté du linéaire et du dégressif, mais d'une écriture de raccordement. Sa contrepartie, le compte 145, est une provision réglementée : une réserve qui n'existe que pour des raisons fiscales.

Les écritures comptables à passer

Opération Débit Crédit
Dotation (l'amortissement fiscal dépasse l'amortissement comptable) 68725 « Dotations aux amortissements dérogatoires » 145 « Amortissements dérogatoires »
Reprise (l'amortissement comptable dépasse l'amortissement fiscal) 145 « Amortissements dérogatoires » 78725 « Reprises sur provisions réglementées »

Deux points techniques à retenir.

D'abord, le compte 68725 relève de la racine 687 : c'est une charge exceptionnelle, et non une charge d'exploitation. Elle n'affecte donc ni le résultat d'exploitation, ni l'excédent brut d'exploitation — ce qui préserve la lisibilité des indicateurs de performance opérationnelle. Symétriquement, la reprise en 78725 est un produit exceptionnel.

Ensuite, le compte 145 figure au passif du bilan, au sein des capitaux propres, dans la rubrique des provisions réglementées. Il ne représente ni une dette ni un engagement : c'est une fraction du résultat mise de côté, qui reviendra au résultat lors des reprises.

Dans quels cas l'amortissement dérogatoire est-il obligatoire ?

La valeur résiduelle

C'est le cas le plus fréquent. Lorsqu'un bien a une valeur résiduelle significative et mesurable, la comptabilité la retire de la base amortissable, alors que l'administration fiscale maintient la base d'amortissement au prix de revient complet. La doctrine est explicite : « un amortissement dérogatoire sera constaté au titre de la fraction du prix de revient qui n'est pas amortie comptablement ».

Par exemple, un véhicule acquis 30 000 € avec une valeur résiduelle estimée à 6 000 € s'amortit sur 24 000 € en comptabilité, mais ouvre droit à 30 000 € de déduction fiscale. L'écart de 6 000 € passe en dérogatoire sur la durée du plan.

Une durée d'usage fiscale plus courte que la durée réelle d'utilisation

Lorsqu'une entreprise ne peut pas se prévaloir de la simplification réservée aux petites structures, elle doit amortir comptablement sur la durée réelle d'utilisation. Si la durée d'usage admise fiscalement est plus courte, l'écart annuel se traite là encore en dérogatoire.

L'approche par composants

Un bien décomposé en éléments de durées différentes — toiture, ascenseur, installations techniques d'un immeuble — génère un plan comptable par composant qui s'écarte souvent du plan fiscal global. La divergence se règle par la même mécanique.

Le cas facultatif qui compte : le dégressif fiscal sur un plan comptable linéaire

C'est l'usage le plus stratégique de l'amortissement dérogatoire, et le seul qui relève d'un vrai choix de gestion.

L'amortissement dégressif permet de déduire beaucoup plus les premières années. Mais si la consommation économique réelle du bien est régulière, le PCG impose de l'amortir en linéaire dans les comptes. L'entreprise peut alors avoir les deux : un plan comptable linéaire, fidèle à la réalité économique, et une déduction fiscale dégressive, avantageuse en trésorerie. L'écart transite par le compte 145.

Exemple chiffré complet

Machine acquise 20 000 € HT, durée réelle d'utilisation 5 ans (linéaire comptable : 4 000 € par an), éligible au dégressif fiscal au taux de 35 % (coefficient 1,75), mise en service en début d'exercice.

Exercice Amortissement comptable Amortissement fiscal (dégressif) Dotation dérogatoire Reprise dérogatoire Solde du compte 145
1 4 000 € 7 000 € 3 000 € 3 000 €
2 4 000 € 4 550 € 550 € 3 550 €
3 4 000 € 2 958 € 1 042 € 2 508 €
4 4 000 € 2 746 € 1 254 € 1 254 €
5 4 000 € 2 746 € 1 254 € 0 €
Total 20 000 € 20 000 € 3 550 € 3 550 €  

Le mécanisme apparaît clairement : l'entreprise déduit 7 000 € la première année au lieu de 4 000 €, soit 3 000 € de base imposable en moins immédiatement. Puis, à partir de l'exercice 3, la logique s'inverse : la déduction fiscale devient inférieure à la charge comptable, et les reprises viennent majorer le résultat imposable jusqu'à annuler le solde.

Le total déduit est identique dans les deux colonnes : 20 000 €. L'amortissement dérogatoire ne fait gagner aucun euro d'impôt sur la durée — il en décale le paiement, ce qui constitue un gain de trésorerie et, en période d'inflation, un gain réel.

À noter que les annuités fiscales de ce tableau intègrent la bascule réglementaire vers le linéaire, qui intervient ici en exercice 4, lorsque l'annuité dégressive (1 922 €) devient inférieure à l'annuité linéaire calculée sur la valeur nette fiscale restante (2 746 €).

Ce que l'amortissement dérogatoire n'est pas : le suramortissement

La confusion est fréquente, et elle a des conséquences pratiques immédiates.

Les dispositifs de suramortissement — également appelés déductions exceptionnelles — autorisent une déduction fiscale supérieure au coût du bien : par exemple 140 % du prix de revient. Ils constituent un avantage définitif, pas un décalage.

Or ces déductions obéissent à des règles communes qui les distinguent radicalement du dérogatoire : elles se pratiquent de manière extra-comptable, sur la liasse fiscale, et ne doivent pas apparaître en comptabilité. Aucune écriture au compte 145, aucune dotation en 68725. Les inscrire en dérogatoire est une erreur qui fausse à la fois le bilan et le résultat fiscal.

  Amortissement dérogatoire Suramortissement
Nature Décalage temporaire Avantage fiscal définitif
Montant total déduit Égal au prix de revient Supérieur au prix de revient
Traitement Écriture comptable (68725 / 145) Déduction extra-comptable sur la liasse
Solde en fin de plan Zéro Sans objet

Attention aux dispositifs présentés à tort comme actuels

Beaucoup d'articles et de mémentos en circulation citent encore des régimes d'amortissement exceptionnel qui ne sont plus en vigueur. Trois exemples à ne plus utiliser :

  • L'amortissement des logiciels acquis sur 12 mois a été supprimé par la loi de finances pour 2017 (article 32), pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2017. Un logiciel s'amortit désormais sur sa durée normale d'utilisation.
  • L'amortissement sur 24 mois des robots industriels ne concernait que les acquisitions réalisées entre octobre 2013 et décembre 2016.
  • L'amortissement sur 24 mois des imprimantes 3D était limité aux acquisitions d'octobre 2015 à décembre 2017.

Les dispositifs de suramortissement encore ouverts sont sectoriels, bornés dans le temps et régulièrement reconduits ou éteints par les lois de finances successives : leur existence doit être vérifiée exercice par exercice, jamais présumée.

La simplification qui permet de l'éviter

Le point rassurant pour la plupart des lecteurs : une petite entreprise n'a en général aucun amortissement dérogatoire à passer.

Les petites entreprises peuvent en effet retenir, comme durée d'amortissement comptable, les durées d'usage admises par l'administration fiscale, sans avoir à rechercher la durée réelle d'utilisation de chaque bien. Comptable et fiscal coïncident alors, et la question du dérogatoire disparaît — sauf dans deux hypothèses : la présence d'une valeur résiduelle significative, et l'approche par composants.

C'est la raison pour laquelle beaucoup de TPE retiennent délibérément une valeur résiduelle nulle : le choix ne change rien au total déduit fiscalement, et il évite une écriture annuelle supplémentaire à chaque clôture.

Quel impact sur le résultat et les capitaux propres ?

L'effet est plus subtil qu'il n'y paraît, et vaut d'être compris avant de valider un bilan.

Sur le résultat comptable : la dotation en 68725 le diminue les premières années, les reprises en 78725 l'augmentent ensuite. Le résultat net présenté aux tiers — banque, associés, fournisseurs — est donc affecté, alors que rien n'a changé économiquement.

Sur le total des capitaux propres : l'effet est neutre. La dotation réduit le résultat d'un montant X, mais alimente les provisions réglementées du même X, toutes deux composantes des capitaux propres.

Sur le résultat distribuable : l'effet est réel. La fraction placée en provision réglementée n'est pas distribuable tant qu'elle n'a pas été reprise. Un dirigeant qui compte sur un dividende doit intégrer ce paramètre : pratiquer un dégressif fiscal via le dérogatoire réduit mécaniquement le bénéfice distribuable des premiers exercices.

À la cession du bien, le solde résiduel du compte 145 est intégralement repris en produit exceptionnel, ce qui augmente le résultat de l'exercice de sortie. Un point à anticiper lorsqu'une revente intervient tôt dans le plan d'amortissement, car la reprise peut être substantielle. Vous retrouvez à tout moment ce solde dans votre balance comptable, au crédit du compte 145.

Amortissement dérogatoire et auto-entrepreneur

Les auto-entrepreneurs et micro-entrepreneurs ne sont pas concernés. Relevant du régime micro, ils ne tiennent pas de comptabilité d'engagement, n'inscrivent aucune immobilisation à un bilan et ne pratiquent aucun amortissement : leurs charges sont couvertes par un abattement forfaitaire appliqué au chiffre d'affaires.

La question apparaît au passage à un régime réel — création de société, sortie de la micro-entreprise, dépassement des seuils. C'est à ce moment qu'il faut arbitrer entre la simplicité d'un alignement comptable-fiscal et l'optimisation de trésorerie permise par le dégressif.

 

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Rédigé par notre expert Céline
le 3 septembre 2026
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Questions fréquentes

Que devient le compte 145 lors de la vente du bien ?
Chevron
Son solde résiduel est intégralement repris en produit exceptionnel au crédit du compte 78725, ce qui majore le résultat de l'exercice de cession. Une revente précoce peut donc générer une reprise importante, à anticiper dans le calcul du résultat de sortie.
Une petite entreprise doit-elle passer des amortissements dérogatoires ?
Chevron
Généralement non. En retenant les durées d'usage fiscales comme durées comptables, elle fait coïncider les deux plans et n'a rien à enregistrer — sauf en cas de valeur résiduelle significative ou d'amortissement par composants.
Quelle est la différence entre amortissement dérogatoire et suramortissement ?
Chevron
Le dérogatoire est un simple décalage dans le temps, comptabilisé, dont le solde revient à zéro. Le suramortissement est un avantage fiscal définitif, qui autorise une déduction supérieure au coût du bien et se pratique de façon extra-comptable, sans passer par le compte 145.
L'amortissement dérogatoire permet-il de payer moins d'impôt ?
Chevron
Pas sur la durée totale : le montant cumulé déduit reste égal au prix de revient du bien. Il permet en revanche de déduire davantage les premières années et moins ensuite, ce qui constitue un gain de trésorerie et un report d'imposition.
Où figure le compte 145 au bilan ?
Chevron
Au passif, dans les capitaux propres, à la rubrique des provisions réglementées. Ce n'est pas une dette : c'est une fraction du résultat temporairement mise de côté pour des raisons fiscales.
L'amortissement dérogatoire est-il obligatoire ?
Chevron
Il l'est dans certains cas : présence d'une valeur résiduelle significative, durée d'usage fiscale plus courte que la durée réelle d'utilisation pour les entreprises ne bénéficiant pas de la simplification, approche par composants. Il est facultatif lorsqu'il sert à pratiquer un dégressif fiscal sur un plan comptable linéaire.
Quelles sont les écritures d'un amortissement dérogatoire ?
Chevron
La dotation se passe au débit du compte 68725 « Dotations aux amortissements dérogatoires » par le crédit du compte 145 « Amortissements dérogatoires ». La reprise s'enregistre au débit du 145 par le crédit du 78725 « Reprises sur provisions réglementées ».
Qu'est-ce qu'un amortissement dérogatoire ?
Chevron
C'est une écriture qui enregistre l'écart entre l'amortissement déductible fiscalement et l'amortissement économiquement justifié comptabilisé. Il ne correspond à aucune dépense réelle : il permet de bénéficier d'une déduction fiscale supérieure à la charge comptable, ou inversement.